L'inventeur

1946


Paroles : Bourvil
Editions Fortin
Enregistré en 1946

Le métier que j'préfère, c'est l'inventeur !... Oui !... 
Parce qu'inventeur c'est un métier où il faut déployer beaucoup d'intelligence et d'initiative. 
Alors y'm'semble que là-dessus j'ai pas à m'plaindre... j'suis bien servi !... hein !... 
On m'avait dit : « Si tu arrives à inventer quelque chose, tu n'auras qu'à en parier à un financier, il t'achètera ton invention, 
ça te rapportera beaucoup ». Alors j'ai décidé d'y aller. En arrivant, la secrétaire m'a dit : « Justement on vous attendait ! » 
J'm'dis comme ça : « Ça tombe bien ». Elle m'a dit : « Rentrez, on va vous introduire tout de suite ! » 
Alors j'la vois revenir avec un grand balai ; j'commençais à avoir peur et j'lui dis : « Je ne suis pas le balayeur, excusez-moi ! » 
Elle me répond : « Y a pas de mal ! » J'lui dis : « Si, y'a une valise, c'est là-dedans que j'mets mon invention ! » 
Elle m'dit : « Vous êtes inventeur ? ... » J'lui dis : « Oui ». Elle m'dit : « L'habit fait pas le moine ». 
J'lui dis : « Oui ». J'étais un peu troublé. Elle m'dit : « On va vous faire attendre un peu ». 
J'lui dis : « Oui, mais pas trop longtemps !  ... » Alors j'attends trois heures !... 
Je m'disais comme ça, si ça continue ça va pas tarder à être long. J'm'étais assis sur ma valise en attendant parce que 
j'avais peur qu'on me vole mon invention, si toutefois j'm'étais endormi. Puis pendant tout le temps que j'attendais 
il y avait les dactylos ; elles entrouvraient la porte les unes après les autres pour me regarder... puis elles riaient ! 
Elles étaient jeunes, fallait bien qu'elles s'amusent ! ... Ou alors peut-être bien qu'elles rigolent parce que j'étais sympathique... 
Peut-être ! ... Ou alors elles me regardaient pour m'épier parce qu'elles avaient peur que j'm'en aille avec mon invention. 
À un moment j'ai même abusé, je leur ai fait peur, je leur ai dit : « Si vous me faites attendre encore... trois ou quatre heures, 
j'vais m'en aller avec mon invention... » Alors là elles ont eu peur. Le soir même j'étais reçu par le directeur. 
J'lui dis : « Bonjour... » J'lui dis : « J'suis l'inventeur ! » Il m'répond : « J'suis sceptique ! » 
J'lui réponds : « Enchanté ! » Y m'dit : « Vous savez que pour être inventeur, il faut avoir un certain bagage !... » 
J'lui réponds pas, mais sans avoir l'air de rien j'lui fais voir ma valise. 
Alors là il a été suffoqué, il en a même fait une réflexion à sa secrétaire ; il lui a dit : « Qu'est-ce qui traîne... » 
il m'a dit : « Vous avez une certaine ressemblance avec celui qui a inventé le fil à couper le beurre !... » 
J'lui dis : « Ça s'peut très bien, y a eu tellement d'inventeurs dans ma famille » 
Alors j'lui ai représenté mon invention, je lui ai dit : « Voilà, j'ai inventé quelque chose pour attraper les crocodiles vivants !... » 
Alors, tout d'suite intéressé dans l'affaire, y m'répond : « Ah!... très bien !... » 
Je lui dis : « Voilà : il faut une valise pour mettre l'invention, puis pour rapporter le crocodile : une paire de jumelles, 
des journaux (parce que quand vous avez rendez-vous avec un crocodile, si toutefois il vous fait attendre, vous lisez l'journal), 
puis une pince à épiler ; alors vous allez dans un endroit où il y a des crocodiles, autant que possible 
(sans quoi vous êtes obligé d'emporter un stock de journaux), puis vous attendez, et quand vous voyez le crocodile s'amener, 
faut pas avoir peur... Tout simplement vous prenez votre jumelle... mais... vous la prenez par le gros bout... 
du sens opposé... Alors, forcément... l'crocodile !... vous l'voyez tout p'tit !... Il est fait comme un rat... 
Enfin, comme un crocodile mais il est tout p'tit alors vous prenez votre pince à épiler, puis vous l'mettez dans le panier ... Voilà  »

Merci à Jérémie Hansen pour ces paroles

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