Le conservatoire

1946


Paroles : Bourvil
Editions Fortin
Enregistré en 1946

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais moi j'ai une voix travaillée car j'ai été au Conservatoire. je me souviens quand 
j'ai passé mon concours d'entrée, rue de Madrid, je me suis présenté au concierge; il m'a laissé rentrer, il avait bien vu 
que j'étais un artiste, j'avais mes chansons sous mon bras. 
J'ai passé mon concours; alors là, j'ai été très apprécié parce que je chantais « le Credo du paysan »; je le chantais 
tellement bien qu'après le directeur ne m'appelait plus par mon nom, il m'appelait le paysan, à cause du « credo ». 
Le fait est que je le chantais très bien, parce que je l'avais travaillé avec mon oncle qui joue du piston chez moi dans 
mon patelin; c'est lui qui dirige la chorale; c'est pas une grande, grande chorale, mais c'est une bonne petite chorale. 
On est quatre, puis ça marche bien ! ... On chante tout, vous savez !... Les « Raspodies » de Lits, enfin on chante tout. 
Pour en revenir à mon concours, le directeur m'avait dit : « Quand vous chantez le Credo du Paysan, vous le chantez tellement 
bien que vous donnez l'impression d'être plus paysan que le Credo. » Il m'avait dit : « C'est dommage qu'il ne reste pas de 
places, sans quoi vous seriez rentré tout de suite ». Il m'avait dit : « On vous écrira », mais moi, comme un étourdi que 
je suis, j'ai oublié de laisser mon adresse... 
Enfin je suis quand même au Conservatoire, c'est resté en suspens comme ça, mais... ce qui m'embêtait c'était les diplômes... 
quoique... des diplômes, j'en ai... le Ministère de l'agriculture... tout ça... enfin. 
J'étais surtout embêté parce que je voyais qu'd cherchait un bon élément, alors ça m'ennuyait de le priver... 
Enfin, qu'est-ce que vous voulez, je ne peux pas être partout, hein !  ... Ce jour-là ma femme était venue avec moi, et 
comme dans l'après-midi on jouait les chansons de Beethoven à la salle Pleyel et que je ne les connaissais pas, 
je me suit dit : on va aller les écouter. On arrive à la salle Pleyel, le speaker annonce : « Maintenant vous allez entendre 
la neuvième Symphonie de Beethoven » je lui dis : « Tu vois, ça fait huit qu'on loupe, on est en retard ». 
On s'est assis quand même et on en a vu quand même une bonne partie : c'était même long ; un moment je me suis dit : 
« Ils sont passés à la dixième sans l'avoir annoncée ». 
Après, le speaker vient et annonce : « Maintenant vous allez entendre la Polonaise de Chopin ». 
Ma femme, qui est curieuse, me demande : « Est-ce qu'elle va chanter en français, la Polonaise ? » 
Moi je lui réponds : « Je ne sais pas ! » 
Je savais que Chopin était né à Varsovie, mais je ne savais pas qu'il avait ramené une Polonaise... 
Enfin, la vie privée des artistes, ça ne regarde personne. Alors, en effet, voilà la Polonaise qui s'amène au piano. 
On aurait pas dit une Polonaise, vous savez, elle était comme nous. 
Elle se met à jouer ; vous parlez si elle jouait bien ! ... Elle mouvait les doigts ! ... c'était formidable ; 
puis elle avait une bague qui brillait... c'est ça qui était le mieux de tout. 
Quand elle a eu fini, je me suis dit : « Je vais aller lui demander une "orthographe", ça me donnera l'occasion de lui parler » ; 
entre artistes, n'est-ce-pas, on aime toujours bien causer. 
Alors je m'amène à la loge de la Polonaise ; je lui dis : « Bonjour Madame ! » 
Elle me répond : « Bonjour Monsieur ! » (Elle savait parler français.) 
Je lui dis : « Je voudrais une "orthographe" ». 
Elle dit : « Vous êtes mélomane, Monsieur ?... » Je lui réponds « Oh ! non, madame la Polonaise, moi... je suis Français... » 

Merci à Jérémie Hansen pour ces paroles

Liste des chansons